{"id":1701,"date":"2015-02-25T14:17:35","date_gmt":"2015-02-25T19:17:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?p=1701"},"modified":"2015-03-17T14:47:49","modified_gmt":"2015-03-17T19:47:49","slug":"linfluence-de-laborit-sur-le-theatre-au-xxe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?p=1701","title":{"rendered":"L\u2019influence de Laborit sur le th\u00e9\u00e2tre au XXe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1702\" style=\"width: 252px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Pradier2-e1424891781534.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1702\" class=\"size-full wp-image-1702\" src=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Pradier2-e1424891781534.jpg\" alt=\"Jean-Marie Pradier en 2009.\" width=\"242\" height=\"250\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1702\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Marie Pradier en 2009.<\/p><\/div>\n<p>Voici peut-\u00eatre la publication qui m\u2019a donn\u00e9 le plus de plaisir \u00e0 r\u00e9diger <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?p=894\">depuis que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire sur ce site<\/a> ! D\u2019abord parce que c\u2019est ce site et les pr\u00e9cieuses personnes qu\u2019il m\u2019a fait conna\u00eetre qui m\u2019a permis de d\u00e9couvrir ce pan inconnu de la vie Laborit pour moi (et sans doute pour bien du monde\u2026). Ensuite parce que j&#8217;ai la chance de pouvoir rendre accessible et mettre en valeur ici cette contribution, ce qui est la raison d&#8217;\u00eatre de ce site. Et finalement parce qu\u2019on y retrouve un condens\u00e9 rare, il me semble, du personnage et de la philosophie de Laborit. D\u2019o\u00f9 peut-\u00eatre l\u2019abondance des citations que je vous laisse d\u00e9guster apr\u00e8s cette petite mise en situation en guise d\u2019introduction.<\/p>\n<p>On sait que Laborit a peint toute sa vie, qu\u2019amant de la po\u00e9sie <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?p=1553\">il pouvait r\u00e9citer nombre de po\u00e8me par c\u0153ur<\/a>, que sa m\u00e8re lui avait transmis son amour de la musique classique et qu\u2019il a lui-m\u00eame chant\u00e9 dans des ch\u0153urs parisiens, et bien s\u00fbr qu\u2019il a t\u00e2t\u00e9 du cin\u00e9ma avec le film \u00ab <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?page_id=393\">Mon oncle d\u2019Am\u00e9rique<\/a> \u00bb , d\u2019Alain Resnais, dans lequel il joue son propre r\u00f4le.<\/p>\n<p>Mais il est un autre art sur lequel Laborit s\u2019est pench\u00e9, de mani\u00e8re plus th\u00e9orique peut-\u00eatre, mais sur de nombreuses ann\u00e9es, et c\u2019est le th\u00e9\u00e2tre. Cela n\u2019a rien de surprenant au fond puisque cet art met en sc\u00e8ne ce que Laborit a \u00e9tudi\u00e9 tout au long de sa vie, les comportements humains.<\/p>\n<p>Ce rapport de Laborit au th\u00e9\u00e2tre, je l\u2019ai d\u00e9couvert par l\u2019entremise du texte de Jean-Marie Pradier dont j\u2019avais fait mention dans mon article r\u00e9cent <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?p=1642\">sur le moteur de recherche pour trouver des articles \u00e9crits par Laborit<\/a>. Gr\u00e2ce aux bons soins de <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?page_id=143#larochelle\">Marie Larochelle<\/a> que je remercie ici, j\u2019ai pu avoir acc\u00e8s aux cinq pages de cet article dont je n\u2019avais pu lire que la premi\u00e8re qui avait la forme d\u2019un hommage \u00e0 Laborit.<\/p>\n<p>Mais <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Le-docteur-Henri-Laborit-l\u00e9nergie-et-lintelligence-du-off.pdf\">la suite de l\u2019article que vous pouvez consulter ici<\/a> allait \u00eatre plus rare et surprenante. L\u2019homme de th\u00e9\u00e2tre qu\u2019est lui-m\u00eame <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Marie_Pradier\" target=\"_blank\">Jean-Marie Pradier<\/a> nous apprend que :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ami de <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Louis_Barrault\" target=\"_blank\">Jean Louis Barrault<\/a>, Henri Laborit est I\u2019un des tout premiers scientifiques \u00e0 s\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la densit\u00e9 organique du ph\u00e9nom\u00e8ne th\u00e9\u00e2tral, en insistant sur l\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 du syst\u00e8me biologique qui le sous-tend. L\u2019histoire de sa participation aux travaux interdisciplinaires qui ont conduit \u00e0 l\u2019\u00e9mergence de nouvelles approches du spectaculaire humain, comme l\u2019ethnosc\u00e9nologie, sonne tel un appel stimulant. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Pradier cite notamment l\u2019exemple suivant :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Certains artistes lui doivent des outils utiles pour une meilleure exploration de leur pratique. C\u2019est ainsi que Laborit a fait d\u00e9couvrir a [Eugenio ] Barba la notion fondamentale de niveau d\u2019organisation, qui devint caract\u00e9ristique de l\u2019anthropologie th\u00e9\u00e2trale. Les th\u00e9oriciens du spectacle vivant qui auront Iu ses textes sp\u00e9cialis\u00e9s auront par lui \u00e9t\u00e9 initi\u00e9s \u00e0 I\u2019entrem\u00ealement dynamique des processus mol\u00e9culaires qui n\u2019ont rien de commun avec les architectures structuralistes superbement simplistes. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019histoire de l\u2019apport th\u00e9orique de Laborit \u00e0 la pratique th\u00e9\u00e2trale, puisque c\u2019est bien cela qui est expos\u00e9 par Pradier dans ce texte, commence :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Dans la ti\u00e9deur ensoleill\u00e9e de l\u2019automne 1979, [\u00e0] la station climatique de Karpacz, en Pologne, [qui] accueillit un colloque ambitieux dans ses intentions, modeste dans sa r\u00e9alisation et insolite pour le monde du th\u00e9\u00e2tre. \u00c0 une vingtaine de kilom\u00e8tres de l\u00e0, le th\u00e9\u00e2tre Norwid de Jelenia Gora s\u2019appr\u00eatait a ouvrir son dixi\u00e8me festival. Alina Obidniak, sa directrice, avait r\u00e9ussi \u00e0 convaincre les autorit\u00e9s perplexes de la vo\u00efvodie de l\u2019int\u00e9r\u00eat que repr\u00e9sentait une assembl\u00e9e internationale oh se retrouveraient des artistes et des scientifiques aux fronti\u00e8res de leurs pratiques \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Avec, poursuit Pradier un peu plus loin :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab L\u2019intention [qui] \u00e9tait de se surprendre mutuellement, de confronter connaissances et points de vue afin d\u2019ouvrir des voies nouvelles pour la recherche. Pour cela, il fallait r\u00e9unir des gens de th\u00e9\u00e2tre et des gens de laboratoire comp\u00e9tents qui, ayant en commun un d\u00e9sir d\u2019\u00e9tonnement et d\u2019exploration, accepteraient d\u2019\u00eatre troubl\u00e9s par l\u2019autre sans pour autant fl\u00e9trir exp\u00e9rience et connaissances particuli\u00e8res. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Pradier se rappelle ensuite que :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab C\u2019est Marie-Claire Busnel, chercheur en physiologie acoustique a l\u2019lnstitut national de la recherche agronomique, qui me donna le conseil d\u00e9cisif : &lt;&lt; II vous faut Laborit. Mais il est tr\u00e8s pris par son labo et ses voyages. &gt;&gt; \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Outre Busnel et Laborit du c\u00f4t\u00e9 des scientifiques, on retrouvait aussi \u00e0 ce colloque de 1979 de Karpacz le metteur en sc\u00e8ne polonais <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jerzy_Grotowski\" target=\"_blank\">Jerzy Grotowski<\/a> consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des plus grands r\u00e9formateurs du th\u00e9\u00e2tre du XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Sur cet aspect interdisciplinaire de la rencontre, Pradier poursuit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Laborit, qui fut un pionnier de l\u2019<a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?cat=41\">interdisciplinarit\u00e9<\/a>, consid\u00e9rait que les obstacles \u00e0 franchir avant que d\u2019y parvenir \u00e9taient moins techniques que propres \u00e0 la mentalit\u00e9 des experts : &lt;&lt; chaque sp\u00e9cialiste, ignorant du contenu du domaine explore par I\u2019autre, son champ de conscience enti\u00e8rement envahi par le sien, consid\u00e8re que ce qu\u2019il sait constitue la part la plus essentielle du probl\u00e8me \u00e9tudi\u00e9, et \u00e9prouve un profond m\u00e9pris pour le savoir de l\u2019autre. &gt;&gt;&#8221;<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour le moins prudent face \u00e0 de telles entreprises (<a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?p=911\">l\u2019aventure du Groupe des dix<\/a> ayant sans doute ici laiss\u00e9 des traces), Laborit y participe n\u00e9anmoins dans l\u2019optique d\u2019y partager les concepts et non les d\u00e9tails techniques des disciplines :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Fid\u00e8le \u00e0 lui-m\u00eame, Laborit se garda bien de proposer des explications d\u00e9terministes simples et utilitaires, directement utilisables par un metteur en sc\u00e8ne ou un acteur en qu\u00eate de certitudes techniques. Il venait de publier un ouvrage important, <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?p=580\">l\u2019lnhibition de l\u2018action<\/a>, dans lequel il exposait \u00e0 partir de la th\u00e9orie de I\u2019information et de la notion de niveaux d\u2019organisation sa conception sur les possibilit\u00e9s d\u2019ajustement actif de l\u2019organisme face \u00e0 une agression &#8211; &lt;&lt; coping behavior &gt;&gt;. L\u2019hom\u00e9ostasie comportementale de I\u2019individu au sein du groupe est sous-tendue par des m\u00e9canismes psychologiques qui interviennent \u00e0 I\u2019int\u00e9rieur de chaque niveau de complexit\u00e9, comme entre les diff\u00e9rents niveaux d\u2019organisation. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette notion de <a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/?cat=42\">niveaux d\u2019organisation<\/a> si ch\u00e8re \u00e0 Laborit nous permet de rebondir sur ce passage mentionnant une autre personnalit\u00e9 importante du th\u00e9\u00e2tre contemporain pr\u00e9sente au colloque de Karpacz, l\u2019italien <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Eugenio_Barba\" target=\"_blank\">Eugenio Barba<\/a>, \u00e9l\u00e8ve et ami de Jerzy Grotowski, consid\u00e9r\u00e9 avec le britannique Peter Brook comme l&#8217;un des derniers ma\u00eetres occidentaux vivants.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ainsi, la notion de niveau d\u2019organisation permet de consid\u00e9rer I\u2019individu non \u00e0 partir de la conception cart\u00e9sienne des particules en contact, mais en tant que syst\u00e8me dynamique en expansion : des particules \u00e0 l\u2019univers. Le social correspond \u00e0 un certain niveau d\u2019organisation, ou niveau de complexit\u00e9, qui n\u2019exclut pas mais int\u00e8gre les niveaux sous-jacents comme le biologique. On comprend les raisons de l\u2019int\u00e9r\u00eat manifest\u00e9 par Barba. Il a r\u00e9dig\u00e9 au d\u00e9but de la m\u00eame ann\u00e9e un article pour la revue mexicaine Arte Nuevo, dans lequel il appelle \u00e0 une nouvelle science du th\u00e9\u00e2tre. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Jean-Marie Pradier met donc en lumi\u00e8re une influence non n\u00e9gligeable de Laborit chez des penseurs important du th\u00e9\u00e2tre au XXe si\u00e8cle, influence qui a pu se mat\u00e9rialiser \u00e0 plusieurs occasions. Pradier mentionne ainsi la participation de Laborit au colloque de I\u2019Association internationale pour la s\u00e9miologie du spectacle \u00e0 Bruxelles du 23 au 25 avril 1981, aux deux premi\u00e8res sessions publiques de I\u2019lnternational School of Theatre Anthropology (ISTA, Bonn, 1980 ; Volterra, 1981), et au colloque international &lt;&lt; Th\u00e9\u00e2tre et sciences de la vie &gt;&gt; \u00e0 Paris du 4 au 6 juin 1984 que Laborit ouvrit par une allocution.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Le titre de son intervention \u00e9voquele triangle disciplinaire cher \u00e0 Marcel Mauss dans son approche de &lt;&lt; l\u2019homme total &gt;&gt;: &lt;&lt; Int\u00e9r\u00eat d\u2019une approche bio-psychosociologique du th\u00e9\u00e2tre&gt;&gt;. Remy Chauvin, autre franc-tireur de la biologie du comportement, lui succ\u00e9da sur le plateau. Pour qui ne les auraient pas connus dans I\u2019exercice savant de leur profession, il aurait \u00e9t\u00e9 difficile de savoir si ces deux hommes a belle t\u00eate guilloch\u00e9e \u00e9taient des po\u00e8tes ou des aventuriers. S\u00fbrement des enchanteurs, dont lsabelle Stengers nous dit qu\u2019ils retissent l\u2019ancienne alliance qui unissait I\u2019esp\u00e8ce \u00e0 I\u2019univers. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Autre indice de l&#8217;int\u00e9r\u00eat pour cette rencontre entre Laborit et le monde du th\u00e9\u00e2tre, cette observation de Pradier :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab \u00c0 I\u2019issue de la rencontre de Karpacz, Henri Laborit publia son point de vue sur le th\u00e9\u00e2tre sous forme d\u2019\u00e9ditorial dans <em>Agressologie<\/em>, la revue sp\u00e9cialis\u00e9e qu\u2019il avait cr\u00e9\u00e9e en 1960. Intitul\u00e9 &lt;&lt; Le th\u00e9\u00e2tre dans I\u2019optique de la biologie des comportements &gt;&gt; (1980), ce texte provoqua un grand int\u00e9r\u00eat dans la communaut\u00e9 scientifique, si l\u2019on en croit le nombre de demandes de tir\u00e9s \u00e0 part qui furent adress\u00e9es a son auteur. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Avant de citer deux passages de cet \u00e9ditorial, ce paragraphe final du texte de Pradier r\u00e9sumant avec justesse Laborit et sa fa\u00e7on d&#8217;\u00eatre :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Insolent et curieux, chercheur obsessionnel \u00e0 la curiosit\u00e9 \u00e9tincelante, exp\u00e9rimentateur dont le laboratoire fonctionnait a la fa\u00e7on d\u2019un phalanst\u00e8re, Laborit c\u00e9l\u00e9brait la vie. L\u2019extrait qui suit reprend le premier article qu\u2019il a consacr\u00e9 au th\u00e9\u00e2tre. On peut se rendre compte que cette c\u00e9l\u00e9bration, d\u00e9barrass\u00e9e de toute aff\u00e9terie, savait \u00eatre caustique et critique. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Pour terminer donc, deux extraits, caustiques et critiques :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ainsi ce que vient chercher le spectateur au th\u00e9\u00e2tre c\u2019est sans doute d\u2019abord que l\u2019on vienne en aide \u00e0 son imaginaire d\u00e9ficient, qu\u2019on lui montre ce qu\u2019il devine sans le voir, mais aussi qu\u2019on le d\u00e9culpabilise. Il n\u2019est pas jusqu\u2019\u00e0 la mise en sc\u00e8ne parfois de sa m\u00e9diocrit\u00e9, de sa banalit\u00e9 qu\u2019il n\u2019appr\u00e9cie, soit parce que c\u2019est un alibi \u00e0 \u00eatre ce qu\u2019il est, soit aussi parce qu\u2019il se fait une image de lui-m\u00eame par rapport aux autres tellement diff\u00e9rente de ce qu\u2019il voit exprimer sur sc\u00e8ne, qu\u2019il se sent soulage de voir confirm\u00e9e son opinion des autres et consolid\u00e9e celle qu\u2019il se fait de lui-m\u00earne. Il peut reprendre le lendemain en toute qui\u00e9tude sa vie quotidienne. Mais parfois aussi, au tours de cette vie quotidienne qui le frustre de ses d\u00e9sirs, qui l\u2019oblige a des automatismes d\u2019action et de pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9rateurs d\u2019envie, qui le maintient dans un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique dont il supporte mal la dominance qui limite ses actions, il trouve au th\u00e9\u00e2tre la possibilit\u00e9 de projeter sur le h\u00e9ros ses d\u00e9sirs inassouvis, ses actions interdites et de se lib\u00e9rer, par Iui, des carcans socioculturels dans lesquels il est emprisonn\u00e9, dans lesquels il ne peut agir pour r\u00e9aliser son plaisir. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<blockquote><p>\u00ab Le danger du th\u00e9\u00e2tre de ce point de vue pourrait \u00eatre de participer \u00e0 I\u2019intoxication mentale r\u00e9alis\u00e9e par les mass media en utilisant de surcroit le masque, souvent difficile \u00e0 d\u00e9mystifier, de la r\u00e9f\u00e9rence de l\u2019Art. Son danger serait alors de ne pas participer \u00e0 la progression des structures sociales mais au contraire \u00e0 leur reproduction, leur maintien, non \u00e0 la disparition ou I\u2019\u00e9volution de certains pr\u00e9jug\u00e9s ou jugements de valeur d\u2019une \u00e9poque, mais \u00e0 leur ancrage. [\u2026] on doit attendre de [l\u2019Art] avant tout et du th\u00e9\u00e2tre en particulier, \u00e0 la fois une mise \u00e0 nu des m\u00e9canismes les plus camoufl\u00e9s utilis\u00e9s par cette socioculture pour se perp\u00e9tuer et la proposition imaginaire et cr\u00e9atrice des moyens permettant de s\u2019en lib\u00e9rer, on doit en attendre la possibilit\u00e9 d\u2019ajouter quelque chose \u00e0 la conception que l\u2019homme a de lui-m\u00eame dans une p\u00e9riode de son histoire. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Et cette belle finale tr\u00e8s riche pour qui conna\u00eet la vie de Laborit :<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0 que Narcisse d\u00e9couvrira dans son ruisseau un autre visage que le sien, le visage de l\u2019homme \u00e0 venir et qui ne sera jamais ni tout \u00e0 fait le m\u00eame, ni tout \u00e0 fait un autre ; un visage qui l\u2019aime autant qu\u2019il peut s\u2019aimer, et qui le comprend ; le visage de l\u2019ami et non celui du concurrent. \u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>* * *<\/p>\n<p><strong>\u00c9pilogue<\/strong><\/p>\n<p>En cherchant une image de Jean-Marie Pradier sur le Net, je tombe sur deux petites perles que je vous partage ici.<\/p>\n<p>D&#8217;abord cet entretien vid\u00e9o d&#8217;une dizaine de minutes r\u00e9alis\u00e9 avec Pradier\u00a0au Dannemark en 2009 o\u00f9, de la 2e \u00e0 la 5e minute, il d&#8217;\u00e9crit d&#8217;abord sa rencontre avec Eugenio Barba, puis la rencontre de\u00a0Karpacz en 1979 et le coup de foudre entre Barba et Laborit autour de la notion de niveau d&#8217;organisation !<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/8hhK84s7iVM?feature=player_detailpage\" width=\"640\" height=\"360\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p>Et ensuite cet extrait du journal international sur le th\u00e9\u00e2tre contemporain &#8220;<a href=\"http:\/\/books.google.ca\/books?id=3_L8nootrk4C&amp;printsec=frontcover&amp;source=gbs_ge_summary_r&amp;cad=0#v=onepage&amp;q&amp;f=false\" target=\"_blank\">Presence &amp; Pre-Expressivity 1<\/a>&#8221; (Volume 6, Part 4, p.15) o\u00f9, dans un chapitre intitul\u00e9 &#8220;The Pre-Expressive Level : A Mechanicist-Atheist Concept&#8221;, Jean-Marie Pradier (traduit en anglais par Sally Jane Norman) dresse ce fascinant parall\u00e8le entre Laborit et Barba :<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Pradier3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1719\" src=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Pradier3.jpg\" alt=\"Pradier3\" width=\"553\" height=\"235\" srcset=\"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Pradier3.jpg 553w, http:\/\/www.elogedelasuite.net\/wp-content\/uploads\/2015\/02\/Pradier3-300x127.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 553px) 100vw, 553px\" \/><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici peut-\u00eatre la publication qui m\u2019a donn\u00e9 le plus de plaisir \u00e0 r\u00e9diger depuis que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire sur ce site ! D\u2019abord parce que c\u2019est ce site et les pr\u00e9cieuses personnes qu\u2019il m\u2019a fait conna\u00eetre qui m\u2019a permis de d\u00e9couvrir ce pan inconnu de la vie Laborit pour moi (et sans doute pour &hellip;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1702,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[55,41,42],"tags":[],"class_list":["post-1701","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-colloque","category-multidisciplinarite","category-niveaux-dorganisation"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1701","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1701"}],"version-history":[{"count":26,"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1701\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1786,"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1701\/revisions\/1786"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1702"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1701"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1701"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.elogedelasuite.net\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1701"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}