Au Québec/Inhibition de l'action/Niveaux d'organisation

Un système nerveux pour agir. Un système social pour empêcher d’agir ?

Perspectives-photo1Cette fois-ci, l’anecdote à l’origine de cet article va comme suit. J’avais le vague souvenir qu’une  amie de longue date m’avait dit que sa mère journaliste avait fait, il y a longtemps, une entrevue avec Henri Laborit lors de l’un de ses nombreux passages au Québec. J’ai perdu de vue pendant des années cette amie, mais lorsque  je l’ai retrouvée récemment en allant donner une conférence dans le cégep où elle est enseigne la biologie, je lui ai parlé de ce souvenir. Résultat : non seulement l’article existait bel et bien, mais sa mère, Thérèse Dumesnil, a eu l’amabilité de m’en envoyer une copie que j’ai scannée aujourd’hui ! Un grand merci, donc, à Mme Dumesnil et à Sylvie Bégin pour avoir rendu possible la récupération de cet article paru dans l’édition du 2 décembre 1978 du magazine Perspectives.

Écrit sous forme d’un résumé-synthèse à la fois riche et accessible, l’article aborde plusieurs aspects de la pensée laboritienne sur les bases biologiques des comportements humains dans différentes situations sociales permettant ou empêchant l’individu d’agir. Il se déploie sur 4 grandes pages que même mon scan a eu de la difficulté à couvrir, d’où le montage qui donne des tailles différentes pour chacune des pages (où je vous ai aussi épargné quand j’ai pu les nombreuses pubs d’alcool et de cigarettes, époque oblige…).

Dans la première page, après une introduction sur le parcours et la personnalité singulière de Laborit, on entre dans le vif du sujet par le biais de la dépression, angle qu’on avait proposé à la journaliste d’aborder pour l’entrevue. Ce qui suit pourrait ressembler à un petit précis de l’abc du vivant tel que Laborit aime à l’expliquer. J’en saisis au passage un extrait :

“Le niveau fondamental de l’action, c’est la motricité. Le reste, ça vient au cours de l’évolution des espèces, et pour une seule raison : pour permettre à cette motricité d’être plus efficace. La motricité, au départ, chez le reptile, se situe dans le présent. Il y a un stimulus – il a faim, par exemple – et il y répond. Quand on passe au mammifère, c’est toujours la même chose : son système nerveux lui sert à agir, à satisfaire ses besoins fondamentaux qui sont de boire, de se nourrir et de copuler. Mais il y a la trace de l’expérience. Donc, le premier agit dans le présent, le deuxième aussi, mais en tenant compte de l’expérience du passé, parce qu’il se souvient.

Il se souvient de quoi ? De ce qui peut menacer ou faciliter sa survie. Chez les êtres les plus évolués, chez l’Homme, le “système associatif” permet d’utiliser l’expérience du passé pour “imaginer”, pour créer des structures nouvelles, c’est-à-dire des scénarios qui lui laissent entrevoir le futur ou, du moins, l’imaginer. Il essaiera ensuite de les réaliser ou de les éviter, par l’action.”

Dans la petite colonne de la deuxième page, Laborit rappelle qu’il y a, au-dessus de l’individu, un autre niveau d’organisation, celui du social. Et qu’avec ce niveau social apparaissent des règles favorisant avant tout la conservation du groupe, d’où les récompenses ou les punitions selon que l’on se conforme ou que l’on défie ces règles. La recherche du plaisir individuel est donc fondamentalement contrainte par le social.

D’où la fuite ou la lutte devant ces contraintes. Mais comme le rappelle Laborit dans la troisième page :

“Mais dans les cités modernes où le travail humain est lié à l’ensemble social, la fuite c’est le chômage, et la lutte la prison, parce qu’on se heurte à des lois qui, elles, sont toutes orientées, groupées autour de la défense de la propriété privée. On a vu que c’est la volonté d’avoir “l’objet gratifiant” à sa disposition en tout temps qui engendre la propriété privée.”

Et Laborit d’évoquer la troisième option devant ce “système compétitif, hiérarchique, dominateur” : l’inhibition de l’action.

“Et l’inhibition de l’action, c’est la dépression.”

La dernière page évoque les différentes réponses des êtres humains pour essayer de se sortir de l’inhibition de l’action : l’agressivité et la révolte, la soumission qui entraîne souvent toutes les maladies dites “de civilisation”, la fuite dans la drogue, dans la psychose ou dans la créativité, la voie que privilégie Laborit. Une créativité pas seulement artistique, mais aussi scientifique et sociale. Sur cette question, deux derniers extraits, d’abord de la plume de Thérèse Dumesnil, puis de Laborit :

“Appliquée à la tâche de faire un monde qui ne serait pas établi sur la hiérarchie et la dominance, l’imagination a besoin d’être informée des mécanismes qui ont conduit à nos structures sociales. Et Laborit nous dit que la biologie nous instruit largement  sur nos comportements, d’abord vis-à-vis de nous-mêmes et aussi avec les autres. Et que si l’on veut mettre l’imagination au travail, il faut au plus tôt lui fournir cette connaissance de l’être humain, de ses besoins, de l’établissement de ses relations avec ses semblables et avec l’environnement biophysique.”

“Il faudrait faire participer chaque individu à l’évolution générale du monde, au lieu de manipuler pour lui les mass-media en le sécurisant, en lui faisant croire que l’on s’occupe de lui, qu’il n’a pas à s’inquiéter, que ceux qui savent veillent.”

Les-medias-veillent-dormez-citoyens

2 réflexions sur “Un système nerveux pour agir. Un système social pour empêcher d’agir ?

  1. SAlut!
    J’ai fait un survol de ton site…Super!
    Beau travail sur l’article de ma mère 😉
    Petite question, est-ce qu’on le retrouve en version intégrale aussi?

  2. Merci Sylvie. On peut lire la version intégrale de l’article en cliquant sur les hyperliens qui pointent vers chaque page à même le texte (exemple : “Dans la première page… etc.). En espérant que c’est plus clair, pour toi comme pour d’autres…

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