Colloque

Exposé de Laborit de 1972 sur les «nuisances de la vie moderne»

Il y a quelques semaines, je recevais un message de M. Guy Lesoeurs qui écrivait :

« J’ai rencontré le Pr Laborit en 1970 ou 71 lors des Entretiens de Rueil organisés par Sandoz chez qui je travaillais. Je dois avoir un vieux Sandorama avec l’intégrale de ces entretiens. Je vais chercher. »

Il a cherché, et il a trouvé ! M. Lesoeurs, que je remercie ici chaleureusement, m’a en effet envoyé le numéro 30/31 du Sandorama intitulé « Le médecin dans la cité » (l’image de la couverture ci-contre n’est pas ce numéro). Il s’agit, comme l’écrivait M. Lesoeurs, d’une journée de discussion organisée par la compagnie pharmaceutique suisse Sandoz (qui a fusionné avec Ciba-Geigy en 1996 pour former Novartis) qui eut lieu le 19 avril 1972. Les actes du colloque ont ensuite été publiés en entier dans Sandorama. Et ce sont quelques pages de ces actes (celles de l’intervention de Laborit, évidemment) que j’ai scannées et que je vous présente aujourd’hui.

Laborit était modérateur de la table ronde intitulée « La Cité facteur pathogène ». Son exposé d’une vingtaine de minutes avait pour titre « Nuisances de la vie moderne ». Le ton est donné dès la première page (p.45 dans le Sandorama) par la personne qui présente Laborit comme modérateur :

« Ce n’est pas que je sois extrêmement persuadé de sa modération, mais je crois que nous pouvons compter sur lui comme animateur. »

Ce à quoi Laborit répond :

« Monsieur le Président, évidemment j’ai plutôt le rôle en général d’antidépresseur que de tranquillisant ! »

Après avoir souligné fait un bref historique des nuisances des villes sur la santé depuis l’Antiquité, Laborit rappelle à la page 48 et à la page 49 que les déchets modernes sont de moins en moins recyclables contrairement aux excréments du passé.

À la page suivante (p.51), Laborit remonte comme il le fait souvent aux racines du problème : l’être humain, son système nerveux et sa prédisposition aux dominations de toutes sortes.

On arrive ainsi très vite, à la page 52, aux nuisances principales que produit l’expansion de la société industrielle et polluante. Et ce constat déjà lucide qui arrive à la page 53 (je rappelle qu’on est en 1972) :

« Il semble que l’on soit en train de détruire la biosphère pour faire des marchandises et pour faire du profit. »

Et après un petit détour par ses thèmes de prédilection (le plaisir, les autres, les hiérarchies qui maintiennent dans l’inhibition de l’action, etc.), Laborit y va, à la page 54, de sa conclusion qui aurait pu être écrite hier :

« Finalement, on tombe dans une situation technocratique dans laquelle on voit très bien passer progressivement le pouvoir entre les mains non plus de gens qui ont un capital mais de gens qui connaissent, qui savent, qui ont une technique. Or, cette technique est focalisée sur un petit point et elle est incapable de comprendre les grands problèmes, qui ne sont pas focalisés, eux, mais posés actuellement à toute l’espèce humaine. »

M. Lesoeur terminait d’ailleurs son message ainsi :

« Je considère Henri Laborit comme l’une des grandes figures scientifiques du monde, qu’il n’a pas été honoré à sa juste valeur. En plus, c’était un visionnaire. »

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