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Henri Laborit, l’homme qui fuit

Cité-Éducative-(1991)-photo1-HLQuoi de mieux pour terminer cette année du centenaire de la naissance d’Henri Laborit que de publier l’une des entrevues qu’il a accordé lors de ses nombreux passages dans sa “ville d’adoption” comme l’écrit Daniel Boily dans l’introduction de son article paru dans la revue Cité Éducative en janvier/février 1991. Cette ville, c’est Montréal, au Québec, où Laborit a entre autres occupé un poste de professeur invité en bio-psycho-sociologie de 1978 à 1983 à l’Université du Québec à Montréal. Montréal est aussi la ville où j’habite depuis… 1984 ! J’y ai donc raté Laborit de peu, d’où peut-être ce site (mon psychanalyste pourrait peut-être vous le dire si j’en avais un…) !

Parlant de ce site, avant de présenter les quatre pages de cette entrevue, je voudrais mentionner que la fin de l’année 2014 ne met en rien un terme à cette aventure, bien au contraire ! L’année 2015, qui marquera pour sa part le 20e anniversaire du décès de Laborit (le 18 mai 1995) verra ce site s’enrichir de nombreux documents inédits. Je pense par exemple à un gros dossier sur Laborit et la gestion du stress chez les employé.es d’Hydro Québec à la fin des années 1980 (incluant des vidéos), à des actes de colloques qui lui furent consacré, le texte d’une conférence de Laborit sur les toxicomanies, d’autres articles, notamment sur l’éducation, etc. Et puis un certain film, dont j’aurai l’occasion de vous reparler d’ici quelques jours…

Pour ce qui est de cette entrevue dans Cité Éducative, on y retrouve un Laborit à 76 ans particulièrement en verve comme en témoigne les extraits suivants. Ceux-ci dévoilent le caractère foncièrement révolutionnaire de sa pensée, en ce sens qu’il remet en complètement en cause une certaine finalité productiviste de la destinée humaine.

Vous pouvez lire chaque page en cliquant sur les liens correspondant ou bien allez directement sur le site de la revue Cité Éducative où l’article est archivé à la page 8 (site que j’ai trouvé après avoir scanné l’article de mes archives personnelles…).

Première page :

“Pour fabriquer beaucoup de marchandise en peu de temps, il faut des machines très sophistiquées, des robots qui sont inventés par des gens ayant atteint un niveau d’abstraction très élevé mais uniquement dans leur champ professionnel. Ils sont absolument ignares pour le reste. […] et l’espèce humaine n’existe que pour fabriquer des marchandises. […] Ce n’est que ça.”

Deuxième page :

“Tant qu’on n’aura pas vu et conçu, planétairement, que cette production effrénée, cette prédominance économique est en train de bousiller la planète, on n’aura rien compris et on ne changera rien. […] Et je prétends que l’Homme n’est pas sur la planète pour faire des marchandises. [Il est là] pour se comprendre et connaître.”

“L’égalité des chances ? Pour quoi ? Pour devenir inégal ! Avouez que c’est le comble de l’absurdité. S’élever dans une hiérarchie, mettre la tête de l’autre dans l’eau pour respirer soi-même, c’est ça l’égalité des chances : advenir inégal !”

Troisième page :

“Ces individus [au gros salaire] sont inconscients, ils sont horriblement bêtes et incultes. Mais ils savent tout sur un petit machin qui est leur job et alors ils ont une promotion…, ils deviennent présidents, directeurs généraux, et, quand leur autorité est contestée, ils font un infarctus du myocarde et ils crèvent. Qu’est-ce qu’ils auront fait dans la vie ? Rien ! On n’a pas besoin d’eux.”

“Regardez le Paris-Dakar, cette bande de couillons qui vont traverser le Sahara devant des populations misérables qui crèvent de faim en dépensant du pétrole.”

“Il faut que dans chaque crâne d’individu il y ait les conceptions de toutes les disciplines importantes avec lesquelles l’Homme contemporain a affaire. […] Et ça demande du temps. Il faut habituer les gens à sortir de leur discipline parce que chacune veut conserver sa prédominance, son territoire intellectuel.”

Quatrième page :

“On ne sait que de petites choses dans un cosmos incompréhensible dans lequel on essaie d’accrocher quelques éléments pour construire quelque chose. […] tout ce que nous pouvons émettre, ce sont des jugements de valeur. Il faut mettre en doute toute cette socioculture.”

Une fois rendu sur l’une des pages scannées, vous pouvez aussi utiliser le bouton « Précédent » en haut à gauche de l’image pour passer à la page suivante (même si c’est contre-intuitif, j’en conviens, mais un bogue m’oblige ici à procéder ainsi !).

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