Au Québec/Éducation/La Société informationnelle : Idées pour l’autogestion/Multidisciplinarité

Des idées pour le virage écologique nécessaire déjà évoquées par Laborit il y a près d’un demi siècle

Montréal, où j’habite, comme une bonne partie du monde en ce moment, ploie sous la canicule. C’est l’une des raisons, avec le besoin de renouer avec la nature, qui m’incite à me tenir plus loin de mon ordinateur et d’Internet l’été. Il se pourrait donc que mes billets sur ce site soient un peu moins réguliers dans les semaines qui vont suivre, comme c’est le cas pour celui-ci qui avait été repoussé un peu parce que j’étais le week-end dernier au Festival Virage de Sainte-Rose-du-Nord, dans la belle région québécoise du fjord du Saguenay.

Je vous le mentionne car le billet d’aujourd’hui m’a été inspiré par la 4e édition de cette formidable rencontre où conférences et ateliers sur la transition écologique et l’après-capitalisme sont tout aussi à l’honneur le jour que les spectacles de musique le soir. Bref un bel équilibre entre la tête (la théorie), les mains (les expériences pratiques) et le cœur (le rapport aux autres et à la nature), pour reprendre l’approche intégrée qui rend ce festival unique en son genre.

C’est d’ailleurs cette ouverture sur le « cœur » de la nature humaine qui m’a permis d’y donner un atelier que j’avais intitulé de manière un peu provocatrice : « Est-ce que mieux comprendre comment fonctionne notre « corps-cerveau » peut aider à améliorer le monde ? ». Comme c’était entièrement « low-tech » sur le site du festival (pas d’électricité) j’ai été obligé de délaisser mon traditionnel Power Point et j’avais écrit ma conférence pour essayer de ne pas trop me perdre en route (mais comme d’habitude, j’ai fait digression sur digression…). Dès que j’aurai remis un peu ce texte en forme, je le rendrai d’ailleurs accessible ici au cours de l’été.

Mais pour en revenir au festival, son esprit m’a rappelé celui d’un des livres que j’aime le plus de Laborit et dont j’ai souvent parlé ici, « La société informationnelle. Idées pour l’autogestion. » Et cela ne m’a pas pris longtemps pour y trouver un passage, aux pages 18-19, qui résonne particulièrement bien avec les nombreux problèmes qui ont été abordés durant cette fin de semaine. Tout cela clairement entrevu par Laborit il y a 45 ans déjà…

« On sait que les écologistes ont, depuis quelques temps, attiré l’attention sur la destruction accélérée par l’homme* de la biosphère. Nous pensons qu’il est possible de résumer tout le problème écologique dans son infinie complexité de la manière suivante : la biosphère est la conséquence de la transformation par les systèmes vivants de l’énergie photonique solaire. Sur le plan énergétique, toute l’évolution des espèces résulte de la transformation de cette énergie photonique en énergie chimique dans des systèmes de plus en plus complexes jusqu’à l’homme. Celui-ci ne peut, en ouvrant la bouche, se nourrir de photons solaires. Il a besoin de toutes les formes vivantes pour y parvenir, depuis les plantes photo-synthétiques et le plancton marin, en passant par les bactéries qui recyclent les matières organiques, de nombreux insectes et des mammifères.

[Laborit a toujours insisté sur les bases et les contraintes thermodynamiques des êtres vivants, des notions essentielles fort éclairantes que j’essaie de rappeler minimalement dans mes présentations aussi…]

Les rapports de ces multiples formes vivantes entre elles constituent les écosystèmes dont les équilibres fragiles commencent à peine à être entrevus. Le bénéfice d’une production industrielle accrue n’est souvent ainsi qu’un bénéfice à court terme et un drame à longue échéance, si cette production détruit maladroitement ces équilibres et perturbe une étape de la transformation, indispensable à l’homme, de l’énergie photonique solaire en énergie chimique qu’il doit utiliser pour s’alimenter.

[les multiples et complexes rétroactions entre un organisme vivant et les multiples facteurs de son environnement, et la destruction de celles-ci par des politiciens à courtes vues et des damnés du pouvoir : que d’exemples de tout cela on peut malheureusement donner aujourd’hui comme en fin de semaine dernière…]

D’autres conséquences de la croissance ont été également invoquées : épuisement des ressources énergétiques, accumulation accélérée de déchets non recyclables dans les grands cycles de la matière.

[un panel sur la décroissance coordonné par Yves-Marie Abraham ouvrait justement le festival Virage avec une remise en question radicale de « l’entreprise-monde » comme modèle de développement]

C’est ainsi que la recherche de la dominance à travers les mythes de la production de biens consommables, exigeant aussi de fortes concentrations humaines au sein des mégalopoles modernes, polluant au profit surtout des dominants (puisque c’est la recherche de dominance qui en est la motivation) des biens collectifs, comme l’air, l’eau, l’espace bâti et l’espace sonore, de même que les rapports interhumains sous toutes ses formes, arrive aujourd’hui à constituer une réelle menace pour l’espèce humaine tout entière. »

Cette dernière phrase de Laborit est si terriblement actuelle qu’elle aurait pu être la conclusion de la séance plénière de chaque journée du festival Virage ! Un constat qui pourrait vite nous mettre en inhibition de l’action si Laborit lui-même ne nous avait pas mis en garde contre ses effets à long terme… Et comme lui qui a toute sa vie imaginé de nouvelles fuites au conformisme étouffant de notre société marchande (en plaidant par exemple pour l’autogestion dans ce livre), nombre d’intervenant.es et de participant.es au festival Virage nous ont montré que l’on pouvait dès maintenant vivre le Québec de demain. À commencer par l’initiative de ce festival que je vous invite à suivre et à soutenir car son avenir est incertain (pour une raison de zonage agricole appliqué au pied de la lettre par des fonctionnaires qui semblent accorder plus d’importance à leur position hiérarchique qu’à l’avenir de notre planète…).

 

 

 

 

 

 

* Note : Je n’ai pas généralisé « l’homme » par « l’être humain » comme je l’ai déjà fait parce qu’en l’occurrence ici c’est bien essentiellement l’homme et pas la femme qui a détruit la biosphère…

Une réflexion sur “Des idées pour le virage écologique nécessaire déjà évoquées par Laborit il y a près d’un demi siècle

  1. C’est vrai, il fait chaud, très chaud, ici aussi. Je n’ai jamais eu 26° dans la salle-à-manger. Heureusement, la température baisse la nuit.

    Les nouvelles ne sont pas très bonnes : Dégradation massive des terres à l’échelle planétaire
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/07/03/degradation-des-terres-massive-a-l-echelle-planetaire_5324877_3244.html

    Le plan grande pauvreté a été repoussé à septembre par notre Président, celui-ci devant se rendre en Russie pour soutenir l’équipe française de foot. On croit rêver ou plutôt cauchemarder !
    Quant aux hôpitaux, le personnel pourra toujours pleurer en fin de journée de travail, seuls les hôpitaux et cliniques privés auront des “allègements très favorables” en 2019 !
    https://www.challenges.fr/entreprise/sante-et-pharmacie/buzyn-promet-des-allègements-tres-favorables-aux-hopitaux-prives-en-2019_594503

    “Liberté, égalité, fraternité” sont des mots à supprimer, et à remplacer par “Privés, autorité !”

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