La nouvelle grille/Livres

La nouvelle grille

En 1974, Laborit propose, dans la logique de L’agressivité détournée, un modèle biologique, physiologique et psycho-sociologique des comportements agressifs. Il l’expose en grande partie dans La nouvelle grille. A partir des notions d’énergie, de masse et d’information, l’auteur propose une explication du fonctionnement du cerveau humain. La « nouvelle grille » qu’il expose (Chacun a besoin d’une grille de lecture des différents événements auxquels il est confronté)  est une grille biologique permettant « d’entrevoir comment déchiffrer la complexité de nos comportements en situation sociale ». Elle vient tout droit de son expérience en laboratoire. Ce livre est la vulgarisation de Les comportement, Biologie, physiologie, de 1973, et se compose beaucoup d’éléments scientifiques déjà présents dans Réaction organique à l’agression et au choc de 1952. Il expose d’abord donc les notions de Thermodynamique et d’information physique en biologie. De l’homéostasie au fonctionnement du système nerveux central, c’est l’information qui avant tout régi les comportements.

Dans son modèle, il définit l’agression comme « la quantité d’énergie capable d’augmenter l’entropie (le désordre, l’agitation) d’un système, autrement dit d’en détruire plus ou moins rapidement la structure. La structure est ainsi définie comme l’ensemble des relations existant entre les éléments d’un ensemble. L’agressivité est alors la caractéristique d’un agent capable d’appliquer cette énergie sur un ensemble organisé. » L’agressivité n’est pas conçue par Henri LABORIT comme un concept unitaire, car les mécanismes qui sont à l’origine de la libération énergétique déstructurante sont variés. Ce sont des mécanismes différents qui ont conduit de nombreux auteurs à établir une liste des types d’agression. Mais ils l’ont fait le plus souvent sans préciser les mécanismes nerveux centraux en jeu, se fondant surtout sur les situations déclenchantes. Ce sont les liens entre ces situations environnementales et le mécanisme de la réponse qu’il tente d’établir. Dans ces processus, la mémorisation du résultat des réactions est essentielle : c’est elle qui détermine si une action est récompensée ou mise en échec, c’est elle qui détermine les comportements de lutte ou de fuite. Toute la question est de savoir quels processus provoquent l’activation ou l’inhibition des comportements, et comment sur le long terme, un organisme est amené à avoir une orientation d’action plus ou moins agressive à son tour, comment en fin de compte la dominance s’établit d’un organisme sur un autre. Le système nerveux permet par essence à un organisme d’agir sur un environnement. Si cette action est rendue impossible ou dangereuse, il assure aussi l’inhibition motrice. Or, il apparait que c’est cette dernière qui est à l’origine des bouleversements biologiques persistants, des maladies psychosomatiques en particulier, hypertension neurogène et ulcérations gastriques. Quelle que soit la complexité que le système nerveux a atteint au cours de l’évolution, sa seule finalité est de permettre l’action, celle-ci assurant en retour la protection de l’homéostasie, de la constance des conditions de vie dans le milieu intérieur, du plaisir. Quand l’action qui doit en résulter est rendue impossible, que le système inhibiteur est mis en jeu, et en conséquence la libération de noradrénaline, de ACTH et de plucocorticoïdes avec leurs incidences vaso-motrices, cardiovasculaires et métaboliques périphériques, alors nait l’angoisse. Henri LABORIT reprend les catégories d’agressivité prédatrice, d’agressivité de compétition, d’agressivité inter-mâles, avec l’établissement des hiérarchies sociales, d’agressivité défensive, d’agressivité d’angoisse ou irritabilité, pour en expliciter les mécanismes neurobiologiques. Et aborder les conditions spécifiques d’apparition du phénomène de la guerre. Cette dernière est finalement définie comme « résultant de l’affrontement de deux informations-structures, de deux système fermés pour établir leur dominance, nécessaire à l’apparition de leur approvisionnement énergétique et matériel nécessaire lui-même au maintien de ces structures. »

(Source : http://www.leconflit.com/article-henri-laborit-1914-1995-58525669.html)


La page Wikipédia du livre offre l’analyse suivante :

Résumé

Suite aux récentes (1974) découvertes faites dans l’approche biologique des comportements, Henri Laborit établit une nouvelle grille qui sert de base à la compréhension des rapports humains. Cette nouvelle grille se construit à partir de l’étude des systèmes vivants, de leur information-structure, en choisissant comme postulat qu’une structure biologique ne recherche fondamentalement qu’une seule chose : sa propre conservation. Contrairement aux autres grilles d’analyse du comportement humain (comme, par exemple, les grilles établies par la psychanalyse et le marxisme), on évite ainsi les pièges des alibis rationnels trouvés par la conscience et de la causalité linéaire en incluant, entre autres, les notions de servo-mécanisme, de stimulations des différentes aires cérébrales et de cybernétique.

Analyse

Laborit, en quatorze chapitres, décrit plus profondément les notions abordées dans la plupart de ses œuvres de vulgarisation précédentes. Le système nerveux, les niveaux d’organisations, l’établissement des hiérarchies, la dominance, la conscience, l’agression, la démocratie, la notion de pouvoir, Laborit n’épargne rien et analyse tout avec sa nouvelle grille. Il faut avouer qu’une approche aussi vaste cause des difficultés au niveau du suivi de l’œuvre et qu’elle peut sembler incohérente par endroit. Parfois, on perd de vue où l’auteur veut en venir. De plus, certains chapitres parlant des systèmes politiques et économiques semblent (trop) très spéculatifs.

Notons qu’en plus des développements typiques que l’on retrouve dans l’ensemble de ses œuvres, Laborit ajoute ses idées sur la société de demain, sur les actes que nous devrions poser afin d’éviter l’extinction et le mal-être qui semble affecter une grande partie de la population humaine. L’auteur propose donc des « solutions » à la difficile1 prise de conscience qu’implique sa philosophie.

Faits divers

Laborit affirme qu’il n’aurait jamais écrit l’Éloge de la fuite (1976), sous la forme qu’on lui connaît, s’il n’avait pas auparavant décrit plus profondément ses théories dans La Nouvelle grille.

Notes et références

  1. Pour plus de détails concernant ce point, voir l’article L’insoutenable légèreté du darwinisme [archive] de Philippe Thiriart dans la revue québécoise Le Québec sceptique numéro 60, Été 2006.

De la biologie à la société de l’information. Domination et hiérarchie, ou écologie et autonomie. De la société fermée à une société ouverte et planétaire. Analyse de Jean Zin autour de La Nouvelle Grille, 19 août 2001.

« Ce n’est pas seulement pour tenir compte de la part biologique de la domination que nous devons nous intéresser à Henri Laborit mais surtout pour sa vision, dés 1974, d’une société de l’information permettant de dépasser la hiérarchie dans une société planétaire basée sur l’autonomie, alternative écologique à l’économie thermodynamique qui nous mène à notre perte. C’est un précurseur des analyses de l’économie en terme d’énergie et surtout du passage de la force de travail aux capacités cognitives, analysant la plus-value comme captation d’information. Enfin, l’autonomie et l’autogestion, sous leur forme biologique, révèlent leur dimension d’intégration, d’ouverture et de dépendance. On ne peut ignorer son utopie écologiste d’une autogestion organique même s’il faut y introduire d’autres dimensions et y mettre beaucoup plus de « précaution ».  »  (Source : Bibliographie sommaire, site web de Jean Zin)


Extrait : Chapitre premier :THERMODYNAMIQUE ET INFORMATION PHYSIQUE ET BIOLOGIE


Laborit sur Radio-Libertaire, Paris (1984). Entretien avec Gérard Caramaro à l’émission « L’invité de la semaine ». La deuxième rencontre du mercredi 24 octobre 1984 portait sur La nouvelle grille.


Voix au chapitre avec Henri Laborit, Radio Télévision Suisse (RTS), 7 avril 1975. Interview du scientifique et philosophe Henri Laborit (par le journaliste Pierre-Pascal Rossi) à propos de La nouvelle grille (à partir de la 7e minute).

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