La Société informationnelle : Idées pour l’autogestion/La suite.../Vidéo

Un film documentaire expérimental inspiré de La nouvelle grille de Laborit

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Comme le cours sur la «cognition incarnée» que je donne le mercredi à l’UQAM a fait relâche cette semaine, je ne puis écrire sur les liens de sa séance hebdomadaire et la pensée de Laborit comme je le fais depuis début septembre.

Je vais donc en profiter pour vous parler d’un film dont l’auteure, Astrid Campion, m’a signalé l’existence il y a deux semaines. Il s’agit d’un film documentaire expérimental de 53 minutes intitulé « Les devenirs du charisme »  qui questionne le rôle et le futur des élites au sein de la communauté française.

Dans la description de son projet, Astrid Campion décrit sa découverte de Laborit en ces termes :

« En juillet 2014, un ami me fit découvrir la pensée du neurobiologiste Henri Laborit, spécialiste du comportement humain en situation sociale. Ses travaux, expériences et analyses – notamment ceux portant sur les comportements humains agressifs, la recherche de la dominance et les mécanismes biologiques qui en sont à l’origine – me frappèrent et m’aidèrent à interpréter l’environnement dans lequel j’évolue.

Celui-ci développe, dans son ouvrage phare La Nouvelle Grille (1974, Robert Laffont), le concept de « hiérarchie de fonction », dont l’originalité consiste à approcher de manière horizontale et neutre les différents sous-ensembles qui composent un corps social donné : la communauté française, par exemple. »

Cette différence entre hiérarchie de pouvoir et de fonction, Laborit la faisait déjà dans son ouvrage de 1973, La société informationnelle. Idées pour l’autogestion. J’ai d’ailleurs tenté d’en résumer l’idée générale dans la présentation Le système nerveux: modèle pour idées libertaires.

Comme je le notais alors dans cette présentation :

« Pour Laborit, un « organisme social », tout comme un organisme biologique, à avantage en terme de survie à diffuser l’information à tous les membres qui le constitue. Donc pas seulement une information (une formation) spécialisée permettant de transformer efficacement la matière (mais incapable d’éclairer le pouvoir politique), mais une information beaucoup plus vaste, concernant sa signification en tant qu’individu au sein de la collectivité humaine, de sorte qu’il puisse prendre part aux décisions de l’ensemble sur le plan politique, i.e. celui de la signification du travail de chacun intégré dans un ensemble. »

Et un peu plus loin :

« Mais pour qu’un individu ait accès à de l’information généralisée, il doit disposer du temps nécessaire pour la recevoir et pour l’intégrer, du temps qui devra être pris sur le temps consacré au travail productif. Car c’est le « travail en miettes » (comme le travail à la chaîne) qui fait perdre la vision d’ensemble, contrairement à celui de l’artisan qui sait le pourquoi de chacune des étapes de son travail. Mais dans nos sociétés industrialisées hypercomplexes, Laborit nous dit qu’il faut non seulement être un artisan dans sa propre fonction, mais également savoir où et comment elle s’insère dans les systèmes plus vastes qui l’englobent. »

Pour en revenir au film « Les devenirs du charisme », je ne sais pas si les futures « élites » françaises ont intégré cet enseignement de Laborit (ou s’il le connaisse seulement…) car le film ne commence sa tournée que le 20 novembre prochain en France. Pour l’instant, une dizaine de projections suivies de débats sont prévues, dont celle du 23 novembre prochain, à la Paillasse à Paris, qui se fera en collaboration avec l’association CogInnov (spécialisée en sciences cognitives) et le chercheur Romain Ligneul « connaisseur et critique de Laborit », pour reprendre les mots de Campion.

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