Du soleil à l'homme/Inhibition de l'action/Niveaux d'organisation

Les traces de Laborit dans notre compréhension actuelle de la trace d’un souvenir

Je voudrais attirer votre attention sur le billet de blogue que j’ai écrit le 30 avril dernier sur le blogue du Cerveau à tous les niveaux et qui aurait tout aussi bien pu être publié sur Éloge de la suite. J’y présente en effet l’influence de Laborit sur le type particulier de navigation par niveaux d’organisation de mon site et je montre que cette approche du vivant est on ne peut plus centrale dans les travaux de biologie théorique les plus influents du moment.

Je terminais en donnant un exemple concret de la richesse de cette compréhension par niveaux d’analyse avec la question de la trace mnésique (question d’ailleurs aussi au coeur de mon film sur Laborit) tiré de l’article « Finding the engram » publié 2015. Je vous réfère à la fin de mon billet (et à l’image de cet article qui l’accompagnait comme elle accompagne également ce billet-ci) pour les détails. Mais j’attire votre attention sur le premier niveau d’analyse qui y était présenté :

« On peut trouver des modifications moléculaires au niveau des protéines histones couplées à l’ADN (ou au niveau de l’ADN lui-même à l’intérieur du noyau des neurones) qui correspondent à des altérations épigénétiques, donc des traces d’interactions avec le milieu qui modifie l’expression de certains gènes. »

Pourquoi ? Parce que, c’est bien connu, le hasard fait bien les choses. 😉 J’ai en effet reçu de Chantal Midenet un article écrit en 2016 par Frédéric Paulus, directeur du Cévoi, (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien). Dans cet article intitulé “Accompagner psychologiquement les malades atteints d’un cancer” , Paulus cite à plusieurs reprise Henri Laborit (et plus brièvement, Francisco Varela, ce qui ne me laissait donc pas le choix de vous en parler!). Et il le cite surtout sur quoi ? Sur ses idées pionnières en… épigénétiques !

« Ces militants voulaient réformer la médecine. Très tôt le Professeur Henri Laborit en suggérait l’éventualité avec le titre de l’article : « Comment pratiquer la médecine aujourd’hui ?», Cahier n°1 de bioéthique de l’université de Québec à Montréal, (1979). Le Professeur, initialement chirurgien gastro-entérologue (qui déplorait de devoir « couper des estomacs » ulcéreux) avait intégré cette part environnementale dans la codification génétique, dite de nos jours « épigénétique ». L’ensemble des cellules, mais particulièrement les neurones sont sujets à ces influences environnementales. »

Et plus loin :

Dès 1963 Henri Laborit recherchait des régulations possibles liées au fonctionnement du noyau, il disait : « Si nous considérons celui-ci et la molécule d’ADN qu’il contient comme la forme la plus complexe et en conséquence essentielle de la vie, alors, comme nous l’avons constaté à degrés d’organisation où nous avons appréhendé cette dernière, comme nous le constaterons encore aux degrés d’organisation qu’il nous reste à envisager, ils doivent, pour assurer le maintien de leur structure, agir sur le milieu environnant, à savoir le protoplasme, pour assurer la constance de ses propriétés. Il s’agit là de la boucle rétroactive en réponse à l’action des variations physico-chimiques et énergétiques du protoplasme sur le métabolisme et l’activité fonctionnelle du noyau. Celui-ci, loin de rester le coffret soigneusement fermé où resterait emprisonné le matériel génétique, participerait alors de façon active à la fonction cellulaire, celle-ci n’ayant peut-être alors d’autres signification que d’assurer le maintien de la structure de ce noyau même », p. 57-58, « Du soleil à l’Homme, L’organisation énergétique des structures vivantes », (1963). (Souligné par nos soins). Au lieu de voir des codifications unilatérales du génome sur les structures et l’organisme dans son ensemble, il avait « forgé » la notion « d’information-structure » et « d’information-circulante » dans un rapport d’inter-influences structurelles et environnementales inter-mêlées, in « L’inhibition de l’action », (1979)

Et tant qu’à rappeler des billets écrits récemment, vous noterez que l’extrait qui traite de l’interaction noyaux-cytoplasme dans la cellule provient de « Du soleil à l’Homme », livre que j’ai numérisé et rendu disponible il y a un mois dans le billet précédent de ce site

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