Anecdotes/Au Québec/Audio/Niveaux d'organisation

Discussion d’Albert Jacquard et de Laborit sur la complexité dans leur vol de retour du Québec !

Après Boris Cyrulnik la semaine dernière (au sujet duquel j’ai appris entretemps par Marie Larochelle que Laborit l’aimait beaucoup), voici le généticien Albert Jacquard qui se rappel d’un des nombreux échanges qu’il a eu avec Laborit, dans un avion le ramenant du Québec vers la France. La discussion portait sur la notion de complexité, et Jacquard raconte (de 1 :06:10 à 1 :07 :10) d’une conférence intitulée « Génétique et avenir de l’Homme » (enregistrée le 03/05/1984 en audio seulement), que lui et Laborit ne s’entendait pas sur la définition à donner à cette notion difficile à cerner.

Jacquard accuse gentiment Laborit de l’avoir empêché de dormir dans l’avion en lui parlant des différents niveaux d’organisation qui, pour Laborit, sont à la base de la complexité du vivant. Jacquard précise alors que pour lui, il y a autre chose de plus dans la complexité : la notion « d’enchevêtrement » entre ces niveaux d’organisation. Et c’est elle qui, à proprement parler, serait pour Jacquard responsable de la complexité. Il ajoute même, lorsque l’on continue à écouter son exposé au-delà de l’anecdote de son échange avec Laborit, qu’il y a pour lui à chaque niveau quelque chose de « transcendant » au niveau supérieur. Et comme Jacquard ajoute que cette transcendance n’a rien de métaphysique pour lui, il me semble que cela se rapproche au fond beaucoup de ce que Laborit appelait le « servomécanisme » d’un niveau d’organisation donné, c’est-à-dire la commande extérieur qui lui vient, dans les systèmes biologiques, du niveau d’organisation supérieur.

Bref, encore deux autres qui pensent ne pas se comprendre et qui étaient peut-être plus proches que ce qu’ils ne croyaient… (petite allusion subtile à la mésentente entre Laborit et Francisco Varela au cœur de mon film 😉 ).

En plus, vers 1 :08 :05, Jacquard évoque le livre « Ordres et Désordres, enquête sur un nouveau paradigme » (1982) de Jean-Pierre Dupuy qui avait côtoyé de près Francisco Varela ! L’exemple que donne Dupuy, tiré d’un roman d’Agata Christie, pour bien faire comprendre le caractère fondamental de cette « transcendance / servomécanisme » est très intéressant et fort bien raconté par Jacquard. Je vous le laisse découvrir en écoutant la fin de sa conférence. Car tant qu’à être dans le plaisir de faire des liens, Jacquard enchaîne ensuite avec un autre exemple donné par Dupuy mettant cette fois en valeur des œuvres de MC Escher, dont les célèbres mains qui se dessinent elles-mêmes avaient servi à illustrer mon billet Cerveau-corps-environnement, l’indissociable trio qui nous permet de penser publié le 1er mai dernier sur le Cerveau à tous les niveaux.

 

En terminant, je tiens à remercier chaleureusement Chantal Midenet qui m’a envoyé de nombreuses références sur Laborit par le passé, dont celle d’aujourd’hui.

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