Anecdotes/Entrevue à Radio-Libertaire

Autre rencontre Laborit / Caramaro à Radio Libertaire en 1985

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Je viens de terminer la numérisation des cassettes envoyées par M. Patrice Faubert dont j’ai commencé à mettre les émissions sur Éloge de la suite ces dernières  semaines. Cet envoi est un véritable coffre au trésor et je ne remercierai jamais assez M. Faubert d’avoir pris la peine de me le faire parvenir ! Car bien que je n’aie pas encore tout écouté, je viens de me rendre compte de la richesse de tout ce qui reste encore à diffuser ici.

Mais comme j’essaie de mettre en pratique dans ma vie de tous les jours les préceptes laboritiens (!) de motivation par le plaisir et de non inhibition de l’action (qui peut se traduire, disons, par des journées plus ou moins équilibrées en termes de diversité d’activités), je vais vous distiller ça par « petits morceaux » durant l’été. Car bien qu’il ne me reste que deux émissions à publier, elles durent au moins deux heures chacune ! Et comme j’aime les présenter en commentant un petit peu à l’écrit pour faire ressortir les points qui m’ont particulièrement intéressé, tout cela prend du temps dans ladite journée qui se veut équilibrée…

D’où mon plan de match inspiré des limitations de ces bonnes vieilles petites cassettes audios des années ’80 qui donnent naturellement des enregistrements d’environ 30 minutes : répartir sur les huit semaines qui viennent la diffusion des ces demi-heures d’entrevue avec Laborit. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, je découvre avec ravissement que l’émission Humeur, diffusée sur Radio Libertaire en 1985 et dont j’entreprends la diffusion aujourd’hui est animée par nul autre que Gérard Caramaro, celui-là même qui avait fait 4 des 5 fameuses entrevues de deux heures avec Laborit sur autant de ses livres en 1984 ! Caramaro a d’ailleurs eu la gentillesse d’écrire un article pour le premier anniversaire d’Éloge de la suite où il raconte de belle façon cette rencontre marquante avec celui qui devint son ami. Amitié qui se sent déjà dans l’entretien d’aujourd’hui, environ un an après leur rencontre…

Place donc à cette rencontre, qui semble avoir été enregistrée avec les moyens du bord vu l’écho de la pièce que l’on entend, mais qui, et c’est l’essentiel, a été sauvé de l’oubli grâce aux bons soins de M. Faubert :

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L’entretien s’ouvre sur le prix Nobel de la paix de 1985 qui vient d’être décerné à « l’Internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire » dont Laborit fait partie (et son collègue Pierre Huguenard aussi). Caramaro ne se gêne d’ailleurs pas non seulement pour taquiner Laborit sur le fait qu’il a reçu ce prix par l’entremise de ce groupe, mais pour le talonner un peu sur sa position par rapport aux prix en général. Les réponses de Laborit n’étant pas tout à fait orthodoxe pour l’antre anarchiste où il se trouve, je vous laisse apprécier par vous-même ces moments délicieux…

Laborit, qui a eu le prix Lasker qui précède souvent le Nobel, dit d’ailleurs dans une autre entrevue avec Jacques Chancel qu’il aurait peut-être aimé avoir le Nobel pour faire simplement « gna gna gna… » par pure agressivité envers les grands bonzes de la médecine française qui ne l’ont jamais soutenu, mais sans plus. Sans parler de ceux qui ont fait le voyage à Stockholm pour ne pas qu’il l’obtienne, comme l’écrit Fabrice Rouleau dans L’alchimie de la découverte ou comme l’explique Claude Grenié dans mon film

En bon biologiste des comportements qu’il était, Laborit savait de toute façon très bien que l’importance qu’on accorde aux médailles (voir ce qu’il dit sur celles de Hans Selye…) ou à l’insistance pour les refuser (comme Sartre et son refus du Nobel de littérature en 1964) répond en bout de ligne à une certaine image de soi entretenue par les autres qui nous entourent.

Caramaro enchaîne ensuite sur une autre médaille, la Légion d’honneur, avec laquelle Laborit n’est pas tendre dans ses écrits (entre autres, si je me souviens bien, dans Copernic n’a pas changé grand-chose). Laborit lui rappelle qu’on la lui a donnée suite au naufrage du Siroco et qu’il l’a accepté, mais que si un prix peut conférer un pouvoir dans une société axée sur la compétition comme la nôtre, reconnaît Laborit, si on ne considère pas ce pouvoir, si on ne s’en sert pas, quelle importance…

Et je me souviens avoir lu, je ne sais plus où, qu’alors qu’il enseignait à l’université de Vincennes, Laborit avait un jour mis sa médaille de la légion d’honneur pour aller enseigner dans ce repère de “gauchistes” par pure provocation, mais qu’il était revenu le soir déçu que personne ne l’ait confronté là-dessus…

Parlant d’anecdote, celle d’un livre qu’il a envoyé à un prisonnier et qui a été refusé à répétition avant que l’on de découvre pourquoi (il s’agissait de… Éloge de la fuite !) que raconte Laborit est pas mal non plus. Mais question de goût sans doute, je la trouve plus punchée quand sa femme la raconte dans le film Henri Laborit – Itinéraires réalisé par son fils.

Je me rends compte que lorsqu’on est rendu à aimer une variante d’anecdote plus qu’une autre à propos de la vie de quelqu’un, j’avoue qu’on commence à être un fan fini…  😉 Mais bon, comment ne pas être fan d’un type qui termine cette première demi-heure en insistant sur cette question qu’il faudrait toujours se poser : “est-ce que l’être humain travaille pour l’espèce ou pour un sous-groupe de cette espèce ?”

À suivre…

Une réflexion sur “Autre rencontre Laborit / Caramaro à Radio Libertaire en 1985

  1. Merci, Bruno, pour l’émotion en réécoutant cet enregistrement. Quel homme, ce Laborit ! Vraiment, surtout en ces temps confus et rudes où le monde marchand se débat avec rage et sournoiserie, conjointement, des figures comme celle d’Henri nous manquent… Il y en a, pourtant, et “Éloge de la suite”, le site que tu as créé, notre site, si tu permets cet accaparement sympathique, en est une manifestation.

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