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Quatre échos de Laborit pour les sept ans d’Éloge de la suite

C’est aujourd’hui il y a sept ans déjà, le 21 novembre 2014, que je lançais ce site web « Éloge de la suite » parce qu’exactement un siècle plus tôt, le 21 novembre 1914, naissait Henri Laborit. Initialement conçu pour faire la promotion de mon film « Sur les traces d’Henri Laborit », ce site est rapidement devenu un « attracteur » pour tour ce qui concerne la vie et l’œuvre de Laborit. En ce sens que ce que j’y avais initialement publié sur ses idées et ses livres a incité de nombreuses personnes à m’écrire au fil des ans pour me signaler des documents sur ou de Laborit, qu’ils soient écrits, audio ou vidéo. C’est quelques exemples de ceux-ci que j’aimerais vous partager aujourd’hui pour marquer le début de la huitième année d’Éloge de la suite.

Le premier de ces échos nous parvient une fois de plus de l’émission de radio « C’est fou », coanimée par le sociologue Jean-Philippe Pleau et l’anthropologue Serge Bouchard dont j’avais déjà mentionné un épisode traitant de l’amour où il était question de Laborit. C’est donc quelques mois à peine avant le décès de Bouchard survenu le 11 mai dernier que leur émission du 15 février 2021 citait une fois de plus plusieurs passages de l’Éloge de la fuite, cette fois-ci tirés du chapitre « Le sens de la vie ». C’est dans le segment « Réflexion : trouverons-nous un jour le sens de la vie? », de 2 :40 à 5 :40. On se doute bien qu’avec Laborit, cette quête de sens croisait nécessairement une soif de connaître le monde dans ses plus intimes mécanismes, tout en sachant que la « sémantique » ultime de celui-ci n’y est pas rattaché.

Un autre écho, celui-là directement en rapport avec mon film, m’a été rapporté par Dominique Volant, qui m’a envoyé plusieurs documents par le passé (merci encore!). Il me signalait cette fois que la rencontre filmée en 1992 entre Laborit, Francisco Varela et quelques autres avait été mise sur YouTube dans son intégralité, soit environ 1h45. Michèle Duzert, qui avait organisé cette rencontre me l’avait mentionné il y a plusieurs mois, mais je l’avais simplement oublié ! Cette rencontre a pourtant quelque chose d’inoubliable dont un différend (ver la 42e minute) mentionné par Varela à l’endroit de Laborit, mais qu’il n’a pas voulu expliciter malgré (ou à cause de ?) l’insistance du psychanalyste Mony ElKaïm. Il n’en fallait pas plus pour que j’en fasse l’intrigue centrale de mon film qui comporte donc quelques passages de ces échanges ! Mais d’autres aspects sur l’éducation sont abordés par les participants et méritent le détour.

Les deux derniers échos dont je voulais vous parler me sont parvenus sous forme de commentaires. Le premier est paru sous mon billet « Le naufrage du Siroco : quand la vie ne tient qu’à un fil ». Ce billet a donné lieu à un phénomène aussi inattendu que gratifiant pour moi : au fil des ans, une quarantaine de descendant.es de disparus de ce naufrage ont pu, grâce aux extraits du récit qu’en a fait Laborit et que j’avais retranscris à partir de son livre L’esprit du grenier, y trouver des détails sur les derniers moments de la vie de leurs proches. Plusieurs personnes ont aussi signalé que si d’autres documents inédits reliés à cet événement (où Laborit a failli y laisser sa peau) étaient disponibles, eh bien qu’elles seraient preneuses. Voilà pourquoi il me fait plaisir d’attirer votre attention sur l’un de ces derniers commentaires qui a été écrit le 26 août dernier sous cet article. En plus d’offrir des pistes aux personnes recherchant des documents sur le naufrage du Siroco, il est savoureux à plusieurs égards concernant la relation entre Eugène Marie Le Toux et Laborit :

« Suite à un décès récent dans ma famille, je suis en possession de documents et photos concernant le naufrage du Siroco. Mon grand-père, Eugène Marie Le Toux, né le 19 octobre 1896 à La Harmoye, Côtes du Nord, y servait. Il était Officier mécanicien principal. Il est cité de nombreuses fois par Pierre Varillon, auteur de La Glorieuse Histoire du Siroco (Édition Lardanchet, Lyon,17/12/1941) Mon grand-père a survécu au naufrage grâce à son excellente dentition ! En effet, tout comme Henri Laborit le décrit, la mer était recouverte d’huile, de gasoil, les mains glissaient sur les filins… Mon grand-père y a mordu à pleines dents et a pu être ainsi remonté dans une barque. Il était ami avec le Docteur Laborit qu’il avait connu en “Indochine”, ils sont restés en relation fort longtemps. C’est Henri Laborit qui a assisté ma maman lors de ma naissance, en juin 1947, à l’hôpital Maritime de Lorient, à l’époque où les gynéco-obstétriciens n’abondaient pas dans ce secteur ! C’est aussi H. Laborit qui a réalisé sur le bras de mon grand-père, atteint de syringomyélie, une des premières opérations sous anesthésie locale. Mon grand-père racontait en rigolant, qu’il avait vu l’intérieur de son bras ! Il appelait aimablement H. Laborit: le véto… J’ai eu l’occasion de rencontrer Henri Laborit lorsque j’étais enfant, j’ai le souvenir vague d’un “monsieur gentil” qui s’adressait aux petits sans les prendre pour des abrutis.
Je suis à la disposition de ceux et celles qui souhaitent avoir d’autres informations ou des photos (scannées) des cérémonies au cours desquelles certains survivants ont été décorés. Hélas, j’ignore les noms de ces marins qui ont reçu Croix de guerre et autres citations, je n’y reconnais que mon grand-père, décédé en 1966. »

Je tiens donc à remercier la personne qui a écrit ce commentaire pour sa générosité à tous points de vue. Je ne peux cependant pas figurer s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, le formulaire des commentaires me donnant « Guillaume Mireille » comme nom, et un courriel qui commence par mireille.guillaume… (au Québec, ni Mireille, ni Guillaume ne sont des noms de famille courants). Pour ceux et celles qui voudraient entrer en contact avec cette personne, je peux fournir le courriel sur demande

Finalement, un dernier écho et non le moindre. Suite à la publication en août 2020 de la thèse de doctorat d’Alain de Gantes soutenue en 1983 sur « Les idées politiques d’un biologiste : Henri Laborit, et en avril 2021 à sa mise en valeur par Vincent Dufresne, j’ai reçu, quelque temps après, ce courriel très touchant de M. de Gantes lui-même qu’il m’a autorisé à reproduire ici :

« “J’ai reçu [des êtres humains] plus de choses par le livre que par la poignée de main. Le livre m’a fait connaître le meilleur d’eux-mêmes, ce qui les prolonge à travers l’Histoire, la trace qu’ils laissent derrière eux.” – H.L., Éloge de la fuite
Cette phrase, reproduite dans ma thèse, a marqué toute ma vie ; je m’y suis retrouvé en consacrant depuis mes études supérieures en 1973 le maximum de mes jours et nuits à la lecture de milliers d’ouvrages et articles
Une autre phrase m’accompagne aussi à chaque instant: elle constitue (de mémoire affectée) la dernière ligne de ma thèse… aimablement reproduite sur le site sous forme de ‘brique’.
Laborit m’avait écrit avec éloges qu’il n’y avait pas un mot à modifier” et que Pierre Bourdieu l’avait particulièrement appréciée Il avait contacté plusieurs éditeurs pour sa publication et la maison d’édition Ellipses m’avait proposé de la publier en la reformulant à destination du grand public. Hélas des urgences vitales de santé m’en ont empêché pendant plusieurs années. Quand je retrouverai les courriers de Laborit (je suis en déménagement), je me permettrai de vous les adresser; étant alors en Argentine il n’avait pu assister à ma soutenance et m’avait adressé ses regrets. J’ai rencontré Henri Laborit à deux reprises; à l’hôpital Boucicaut (j’avais enregistré l’entretien mais il est aujourd’hui introuvable sauf si…) et il m’avait invité à passer la journée et le déjeuner en sa compagnie et celle de ma femme dans sa maison de Lurs.
J’en garde un souvenir heureux, ému et permanent. Aujourd’hui Laborit m’accompagne quotidiennement et explique de nombreux choix de vie ainsi que le support de toutes mes souffrances; sans lui … »

Je ne pourrais pas trouver de meilleurs mots pour terminer ce billet anniversaire et pour évoquer l’importance qu’a eu Laborit dans ma vie, et dans la vie de bien des gens je crois. D’où l’idée de continuer à répercuter ces échos…

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